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Tout semblait avoir été dit sur Jack Kerouac.

Ses premiers biographes, nord-américains pour la plupart, éminents connaisseurs de Kerouac, ont pourtant négligé un aspect essentiel, omniprésent dans l'oeuvre, la correspondance et la vie de l'écrivain, à savoir son obsession des racines, sa quête bretonne.

Et tous, sans exception aucune, sont tombés dans ce formidable piège tendu par l'ancêtre en 1732.

Aujourd'hui encore, alors que toute la lumière a été faite sur ses origines, certains auteurs d'essais ou d'études sur la vie et les textes de Kerouac perpétuent cette légende d'un illustre ascendant, baron ou officier de l'armée de Montcalm arrivé au Canada en 1750. C'est le cas dans des publications toutes récentes, notamment en 2009 et 2010. Et il est encore fréquent de lire çà et là que le véritable nom de Jack Kerouac serait Jean-Louis Le Bris de Kerouac.

Pourtant, et à juste titre, Kerouac lui-même en doutait lorsqu'il écrivait :

"...Je suis de souche française, bretonne, plus exactement. Mon premier ancêtre nord-américain fut le baron Alexandre Louis Le Bris de Kérouac, de Cornouaille, Bretagne 1750 et des poussières..."
extrait de "Le vagabond solitaire"

"Peut-être, puisque je suis censé être le porte-parole de la Beat Generation (je suis le créateur de l'expression, autour de quoi l'expression et la génération ont pris forme), qu'il faudrait souligner que tout ce cran "Beat" me vient de mes ancêtres qui étaient bretons, qui étaient le groupe de nobles les plus indépendants de toute la vieille Europe..."
extrait de "Vraie blonde et autres"

Fascinés par l'extraordinaire créativité littéraire de Kerouac, par le "beatnik", briseur de rêve de l'Amérique triomphante, les spécialistes de son oeuvre n'auront tout simplement pas compris le sens de certains propos, sous-entendus ou déclarations quelquefois contradictoires disséminés ça et là de façon très subtile par l'écrivain, comme pour corser encore plus la tâche de ceux qui, il en était convaincu, allaient un jour se pencher sur sa production.

Besogne ardue, il est vrai, que de faire la part des choses entre le palpable et l'imaginaire, entre le mythe et la réalité dans cette saga, cette "légende de Duluoz" retraçant le parcours du jeune Ti-Jean de Lowell qui prétend se nommer Le Bris de Kerouac et qui conclut ses lettres d'un énigmatique "Jean, Baron de Bretagne".
 

Souvent considérées par ses interlocuteurs, amis, lecteurs ou exégètes comme des hallucinations dues à une consommation abusive de drogues et d'alcool, les multiples allusions de Kerouac à la Bretagne n'ont donc pas été étudiées à la mesure de leur importance, ceci alors qu'il n'a cessé, sa vie durant, de clamer sa fierté d'être lui-même Breton, descendant d'une illustre famille de Cornouaille.

Jack Kerouac n'est pas certain cependant de la véracité de ce qu'il affirme. Il veut des preuves. Il multiplie les recherches et les contacts, ici et là.

"Bref, j'essayais de découvrir quelque chose sur mon ancienne famille, j'étais le premier Lebris de Kérouack à remettre les pieds en France, au bout de deux cent dix ans, pour essayer d'y voir clair,..."
extait de "Satori à Paris"

Cet éclairage nouveau sur les racines de Jack Kerouac, sur son acharnement à rechercher activement la trace de son patronyme dans les grandes bibliothèques européennes, dans la lignée de quelques cousins et homonymes canadiens, jusqu'à soigneusement organiser ce voyage vers Brest en 1965 puis à entretenir cette amitié avec Youenn Gwernig, Breton supposé pouvoir l'aider à découvrir le lieu d'origine de son ancêtre, conduit inévitablement à relire son oeuvre en s'interrogeant sur ce qu'elle aurait pu être si de mythe ancestral il n'y avait pas eu, si de prétendu baron ou prince de Bretagne il n'avait jamais été question, si d'héritage son père et ses oncles ne lui avaient jamais soufflé mot.

"...je descends d'une lignée de grands nobles, courtisans du Roi Arthur..."
extrait de "Vanité de Duluoz"

Le 12 octobre 1965 Jack Kerouac adresse une lettre à Sterling Lord, son agent :
" Continuez à envoyer
SATORI A PARIS aux éditeurs. Je crois qu'ils sont tous furieux d'apprendre que je suis le descendant de nobles bretons plutôt que le bâtard anonyme né de leurs propres préjugés."

Le 18 mai 1969 Jack Kerouac signe une lettre adressée à Nick Sampas :
" Jacky
Jean-Louis Lebris de Kerouac'h de Meslan, Cornouailles Finistère, Bretagne,
Comte héréditaire, ou Roi,
de Cornouaille
"Prince Noir" Peuh-
NAMO AMITHABA BOUDDHA "

Les références à ses origines bretonnes se comptent par centaines ...

 


 

patricia dagier hervé quéméner
07/07/09