L'ancêtre breton
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Urbain-François Le Bihan de Kervoac, né à Huelgoat en 1702, est l'ancêtre breton de Jack Kerouac.

"Un sacré gaillard, subtil et capable de tout vice, un fripon", ont dit les habitants de sa paroisse natale le 20 septembre 1720, à l'issue d'une noce bien arrosée.

Accusé de vol et autres délits, il en perd son honneur de futur notaire et n'a d'autre choix que l'exil.

Dès son arrivée au Canada, il modifie son identité, change sans cesse de nom et de prénoms au gré de ses rencontres mais aussi et surtout en fonction de ses intérêts.

Pire encore, le jour de ses noces, en 1732, il reconnaît son premier fils né avant mariage sous un faux patronyme. Et comme si cela ne suffisait pas, il "omet" de réparer la faute à la naissance de ses deux autres garçons.

Il falsifie aussi l'identité de ses père et mère, notamment en empruntant le nom d'un châtelain, un voisin de son Huelgoat natal, ceci afin de donner l'illusion d'être issu de la grande noblesse bretonne.

Ses enfants, qui portent donc un faux nom, en l'occurrence Le Bris, et son épouse, mariée à un homme n'ayant aucune existence légale, se retrouvent naturellement complètement démunis après sa mort en 1736 à Kamouraska.

Trois ans plus tard, "voyant que son défunt mari ne leur a rien laissé", ni à elle ni à ses enfants, sa veuve renonce, en sa qualité de tutrice, à la propriété d'une terre achetée 450 livres en 1734 par "Alexandre de Kervoach" sur laquelle il n'avait versé que 12 livres. 

En 1746, "la communauté avec son mari lui ayant été plus onéreuse que profitable", elle y renonce par acte officiel et cède par la même occasion toutes ses créances sur la succession du défunt.

Succession qui ne sera jamais liquidée au Canada...

Comme tous ses homonymes canadiens ou américains, Jack Kerouac est convaincu de descendre d'un certain Maurice-Louis Le Bris de Kervoach.

Tous les Kerouac et Kirouac, dont les recherches dans les archives canadiennes sont restées très superficielles jusqu'en 1996, ignorent bien évidemment qu'ils ont été dupés et que cette tromperie est l'oeuvre de cet ancêtre dont ils sont pourtant si fiers.

Cette enquête en devient exemplaire tant elle est complexe. Elle l'est d'autant plus que le mythe est soigneusement cultivé par tous, ceci depuis la mort en 1736 du "sieur Keloaque breton", tel qu'inscrit dans les registres canadiens.

Il faut dire qu'un héritage est en vue. Les tentatives pour le récupérer se multiplient chez ses descendants de L'Islet, Saint-Cyrille ou Rivière-du-Loup. Certains viennent en Bretagne réclamer leur part chez des cousins présumés, quelquefois de façon très menaçante. D'autres, par courrier, leur demandent des fonds pour s'établir ou font appel à leur générosité, pour lien de parenté. Le Consul Général de France est même sollicité au sujet du règlement de la succession !

En vain...

Chez Jack Kerouac, la quête d'identité est obsessionnelle au point qu'il organise un voyage en Bretagne en 1965.

De ce périple, dont il rentre évidemment bredouille, il publie "Satori à Paris", un récit haut en couleur, teinté d'humour et fantaisiste à souhait.

patricia dagier hervé quéméner
07/07/09